vendredi 8 août 2014

Edith Head - le glamour au bout des doigts

Honorée de huit Oscars, un record pour une femme, Edith Head est "la" costumière emblématique d'Hollywood. Elle a habillé les plus grandes actrices et fait du glamour sa marque de fabrique. Hepburn, Kelly, Taylor et Hitchcock, entre autres, ont croisé son itinéraire atypique dans le monde du cinéma.
Portrait d'Edith Head dans son atelier - source : Vanity Fair
Sa vie en quelques mots.

Edith Head est née à la fin du XIXème siècle, en 1897, en Californie, elle est Américaine. De vraie nom Edith Claire Posener, elle naît d'un père autrichien et d'une mère bavaroise. Elle grandit dans un milieu modeste. Elle sort diplômée de Stanford en langues romanes et commence à enseigner le français dans la Bishop's School, une grande école californienne. En parallèle, la jeune femme prend des cours de dessin et se sent de plus en plus attirée par l'art. Décidée à changer de vie, elle répond à une petite annonce de la Paramount pour un poste de dessinateur. Elle va y exercer pendant 43 ans avant de finir sa carrière à Universal Pictures. Tout d'abord, Edith travaille sous la responsabilité d'Howard Greer à partir de 1924. Puis, en 1938, elle devient directrice de création à la Paramount. Les années d'après-guerre lui apporteront la consécration. 
Edith Head en 1941 - source
Ces cinquante années de carrière ont été couronnées par la plus prestigieuse des récompenses. Nominée 35 fois aux Oscars, elle en remportera 8. 
Recordwoman des Oscars - source
Son talent de costumière a marqué Hollywood, ses costumes contribuent à l'image que nous gardons de cet âge d'or du cinéma américain. Edith Head s'est éteinte en 1981, à Los Angeles, d'une maladie de la moelle osseuse, elle avait 83 ans.

How to dress with success.

Ainsi s'intitule l'un des livres d'Edith Head. Cette femme au look très strict, mais élégant, cheveux noirs attachés, petite frange, lunettes rondes et sombres, et collier de perles, avait une façon bien à elle de procéder et de considérer son travail. Son maître mot était de mettre en valeur les qualités physiques de ses acteurs et actrices et de dissimuler leurs défauts. Elle adorait par exemple les épaules d'Elizabeth Taylor.
Head et Elizabeth Taylor durant un essayage pour le film Une place au soleil, Head mettait souvent en valeur la poitrine et les épaules de cette actrice car elle estimait que c'était là ses principaux atouts physiques - source 
Head parlait de son travail comme de quelque chose entre le camouflage et la reconstruction. Les actrices eurent parfois du mal à se passer d'elle - elle savait se rendre indispensable. Bette Davis exigea sa présence sur le tournage d' Eve bien que le film ne soit pas produit par la Paramount.
Croquis de la robe de Bette Davis dans Eve en 1950 - source
Cette femme discrète ne fit pas l'unanimité. Elle fut notamment critiquée pour s'être opposée à la création d'un syndicat au sein du département Costume de la Paramount. Certaines actrices la détestaient. Le courant passait très mal entre elle et Claudette Colbert, par exemple.
La robe de Claudette Colbert dans Zaza, le film de George Cukor, en 1938 est une oeuvre d'Edith Head - source

Pour le film Sabrina, elle sera la seule récompensée par un Oscar alors que Hubert de Givenchy avait aussi créé des costumes. Elle ne le mentionnera même pas lors de la cérémonie. Givenchy prendra sa revanche avec le tournage de Breakfast at Tiffany's où il reléguera Edith Head au second plan.
1953, Audrey Hepburn et Edith Head - source

1967 - L'aventure hitchcockienne.

Le réalisateur Alfred Hitchcock en fait sa costumière attitrée sur près de 11 de ses films, des classiques. Pour lui, Edith Head quitte la Paramount pour Universal et entreprend un virage dans sa carrière.
La costumière et le maître du suspense - source
La costumière rencontre ainsi Grace Kelly, actrice pour laquelle elle a le coup de foudre. Head n'aura de cesse de vouloir mettre en valeur la beauté de la jeune femme. Toutes les deux vont se lier d'amitié.

Avec Grace Kelly sur le tournage de La main au collet en 1955 - source
Ses plus belles créations.
Grace Kelly dans La main au collet de Hitchcock en 1955 - source
Cette robe a été portée par l'actrice lors de la cérémonie des Oscars en 1955 - source
Grace toujours, dans Fenêtre sur cour de Hitchcock en 1954 - source
Croquis de la robe d'Audrey Hepburn dans Sabrina en 1954 - source
La fameuse robe dans ce même film - source
Les costumes de Vacances romaines, et en particulier celui d'Audrey Hepburn, en 1953 - source
Les costumes de La volonté du mort, en 1927 - source
Les nuits ensorcelées en 1944 avec Ginger Rogers - source
En 1937, elle créé les costumes de Dorothy Lamour dans The hurricane, l'actrice restera célèbre comme la femme au sarong - source
1966, la robe de Natalie Wood dans La grande course autour du monde - source
Les tenues de l'actrice Hedy Lamarr dans Samson et Dalila, en 1949 - source
Cary Grant et Ingrid Bergman dans Les enchaînés en 1946 - source
Toujours Natalie Wood, cette fois en 1964 dans Une vierge sur canapé - source
Boule de feu avec Barbara Stanwick et Gary Cooper en 1941 - source
Les tenues de Mae West dans Lady Lou en 1933 - source
En 1958, les élégantes tenues de Kim Novak dans Vertigo - source
Elizabeth Taylor dans Une place au soleil en 1951 - source
En 1963, Les oiseaux avec Tippi Hedren - source
1967, Pieds nus dans le parc avec Jane Fonda et Robert Redford - source
Shirley Maclaine dans Madame croque-maris en 1964 - source
Et pour finir deux vidéos, car les costumes s'apprécient d'autant mieux lorsqu'ils accompagnent les mouvements, attitudes et le jeu des comédiens...

Edith Head illustre l'évolution de la mode des années 30 aux années 70, ses modèles sont devenus des classiques, inséparables des monuments du cinéma.

dimanche 27 juillet 2014

Exposition - La mode aux courses - Château Borély

Cela faisait un bon moment que je n'avais plus présenté d'expositions sur ce blog. Aujourd'hui, pour la première fois, je vais en évoquer une hors de Paris. Certains passent peut-être leurs vacances dans le sud de la France, si à l'occasion vous passez par Marseille alors je vous conseille une visite du parc et du château Borély, lieux emblématiques de la cité phocéenne où les Marseillais apprécient se promener avec leurs enfants et aussi courir ou jouer à la pétanque. Peut-être même aurez-vous l'occasion de découvrir cette exposition ayant pour thème la mode lors des courses de chevaux. Le château Borély jouxte en effet un magnifique hippodrome ayant vue sur la mer Méditerranée.
Affiche de l'exposition.

Borély, un château, un musée et un parc au sud de Marseille.

Le château Borély est à l'origine une bastide servant de résidence secondaire aux Borély, une riche famille de négociants marseillais. Construite au XVIIIème siècle, elle est entourée d'un jardin à la française, d'un hippodrome et donne sur la mer. Lorsque les Borély s'y installent, la bastide se situe encore en pleine campagne, le parc y sera aménagé au XIXème siècle. Le château en lui-même vient tout juste d'être rénové, le Musée des Arts décoratifs, de la Faïence et de la Mode s'y est installé en 2013. Depuis le XIXème siècle, le château appartient à la ville de Marseille. Durant de nombreuses années, il abritait le Musée archéologique.
La fontaine aux oiseaux. Le parc permet de s'allonger à l'ombre ou de se promener en barque. La fraîcheur de l'eau, les allées ombragées et les rayons du soleil sont très agréables.
Le château, une façade simple presque austère mais voulue ainsi par les Borély.
Cour intérieure du château.
Les pièces du château situées au rez-de-chaussée avaient un rôle de réception. En revanche, celles à l'étage constituaient les appartements privés. La collection permanente est de toute beauté et vaut le coup d’œil, la rénovation s'avère être une belle réussite : elle mêle une reconstitution d'époque et des œuvres d'art contemporain.
La salle à manger.
Oeuvre contemporaine, ce lustre est composé de carafes de formes diverses suspendues par des fils de couleur.
La chapelle au sein du château, seul endroit où la famille et les domestiques se retrouvaient véritablement. Sinon les domestiques n'empruntaient pas les mêmes couloirs et ne vivaient pas dans les mêmes pièces évidemment.
Autre exemple de rénovation : ici une chambre, on reconnaîtra les tomettes typiquement provençales, les trois sculptures sur la cheminée sont contemporaines, elles se fondent bien dans le décor.
Une remarquable collection de céramiques, les couleurs sont bien mises en valeur par l'éclairage ainsi que par la blancheur du mur.
Quelques pièces évoquent plus particulièrement la période art déco.
En bref, de la faïence, du mobilier, de belles chambres, des costumes aussi et des flacons de parfum... La collection permanente vaut le détour. Mais l'objet de ce billet est surtout d'évoquer l'exposition temporaire qui se déroule au château jusqu'au 12 octobre 2014.

Présentation générale.

Le musée propose de présenter des vêtements portés lors des courses à l'hippodrome de Borély. En réalité, les modèles que l'on découvre n'ont pas vraiment été portés à Borély même. Néanmoins, ils témoignent de l'évolution de la mode de l'époque, des costumes qui pouvaient servir l'après-midi. Des photographies permettent de faire revivre la mode à l'hippodrome marseillais, plus précisément. 

Allant de la décennie 1850, donc de l'ouverture de l'hippodrome, jusque vers 1960, l'exposition couvre une période faste dans l'histoire du costume tant les changements sont nombreux et caractéristiques. Pourquoi ne va-t-elle pas au-delà de 1960 ? Se montrer dans les plus belles toilettes afin d'afficher sa réussite sociale n'aura plus tant d'importance des sixties jusqu'à aujourd'hui, du moins dans le cadre des courses hippiques. De même que nous nous habillons avec soin pour aller voir un opéra, il n'est plus question aujourd'hui de dépenser une fortune pour entendre du Verdi en se vêtant de dentelles et de soieries. L'avènement du prêt-à-porter explique aussi ce déclin. Car c'est bien ce que l'on retiendra de cette exposition, on ne vient pas aux courses pour voir mais plutôt pour se faire voir.  L'hippodrome est donc bien une sorte de défilé en plein-air, l'occasion d'afficher sa réussite sociale, les femmes ayant (surtout au XIXème siècle) le rôle de faire-valoir, illustrant par leurs vêtements la richesse du mari.

Pour faire revivre ce rendez-vous mondain, l'exposition présente de nombreuses tenues, féminines, à l'exception d'une. Les hommes font preuve d'une plus grande austérité dans leur mise, leurs tenues sont moins conservées. On trouve là une illustration de ce que Flügel nomme la Grande Renonciation masculine. Des accessoires tous très étonnants sont aussi visibles ainsi que des magazines d'époque et des photographies. Revenons un instant sur les costumes, ils appartiennent en grande majorité à la Fondation Alexandre Vassiliev, quelques-uns à la Maison Chanel ou au fonds du Musée de la Mode de Marseille. Je vous propose un aperçu de quelques modèles et de la scénographie.

Une évolution de la mode de 1850 à 1950.

Trois robes de la période du Second Empire, années 1860, sont présentées à l'entrée de l'exposition. La partie jupe forme un cercle, c'est l'époque de la crinoline, un jupon rigidifié grâce au crin de cheval ou à une cage métallique. Ces robes sont souvent de couleurs unies, la teinture reste légère car non industrielle puisqu'elle est obtenue naturellement. Ces modèles sont frappants pour trois raisons : tout d'abord l'étroitesse de la taille, en particulier celle dans les tons jaune pâle, due au corset ; ensuite, on remarquera la petite taille des femmes de l'époque, 1m50 environ ; et enfin, l'ampleur de la robe ne facilitait pas les mouvements, ni les déplacements des femmes. Deux de ces robes sont des œuvres de Worth et Boberg.
On avance dans le temps pour arriver vers la décennie 1870, la couleur mauve de cette robe de taffetas montre l'émergence de la teinture artificielle, les coloris sont plus profonds et plus variés. La crinoline a disparu, elle laisse place à la tournure associée au pouf, le "faux-cul", la jupe est donc resserrée  devant et projetée à l'arrière. Le tout donne la fameuse silhouette en S. Pas de décolleté, des gants et une ombrelle sont de rigueur. Il n'est pas question de prendre le soleil, ce sont les femmes du peuple qui ont la peau bronzée. En arrière-plan, on reconnaît les tribunes de l'hippodrome de Borély.
Des accessoires associés aux courses, à gauche des broches porte-bonheur, des lorgnettes, des jumelles. Regardait-on vraiment les courses de chevaux avec ou les femmes observaient-elles les toilettes des autres dames ?
Poudriers en bakélite, un ancêtre du plastique en quelque sorte.
Un peigne et une paire de chaussures. Encore une fois, la taille de ces souliers prouve qu'il serait impossible de porter vêtements et chaussures d'époque tant le corps des femmes a changé depuis. Ceux-ci semblent si étroits qu'il est difficile d'imaginer comment ils ont pu être portés.
Robes de la décennie 1910, le corset tend à disparaître, la silhouette se fait plus droite et l'influence orientale est forte. C'est la période Paquin et Poiret. Le chapeau sur la photo montre toute l'extravagance dont les femmes étaient capables, les plumes sont l'ornement préféré pour ces couvre-chefs. En arrière-plan, la femme photographiée porte un petit sac à main de type réticule, ils sont souvent faits avec de la soie et des perles. Vous pourrez en voir dans l'exposition, ils sont adorables et beaucoup ont été réalisés par les dames elles-mêmes.
En matière d'exubérance, on fera rarement mieux : oui, vous avez bien sous les yeux un sublime chapeau orné d'une mouette empaillée...
Joli ensemble noir, brodé de fleurs en laine et des chapeaux cloches. C'est bien la mode des années 20. Après la première guerre mondiale, les jupes des femmes raccourcissent, la taille descend au niveau des hanches, le tout se simplifie, c'est l'apogée du look garçonne. En effet, la guerre a permis aux femmes de s'émanciper sur de nombreux plans et en particulier en matière de mode. Finies les tenues contraignantes pour les mouvements et les activités, ces tenues n'empêchent pas les femmes de bouger et de travailler. Le pantalon, en revanche, est encore mal perçu. Il fallait un permis de travestissement pour en porter un. Ce n'est que l'année dernière que le décret interdisant aux femmes de porter le pantalon a été abrogé.
Autre curiosité de l'exposition, ce manteau en peau de singe (orang-outan). Cette tenue est datée des années 30. Sa simplicité est trompeuse car les motifs de couleur sont assez originaux et font penser au travail des surréalistes et notamment d'Elsa Schiaparelli. Le noir devient très à la mode durant ces années. Beaucoup de femmes portent le deuil d'un homme dans leur famille suite à la guerre, elles sont aussi influencées par le look des actrices au cinéma (encore en noir et blanc). La fourrure se porte même en été sur l'hippodrome, elle est signe de richesse et à cette époque le vêtement continue de témoigner du statut social de la personne.
Ces trois modèles sont les vedettes de l'exposition, ce sont des créations de Chanel. La Maison Chanel prêtant rarement ses créations, il s'agit en quelque sorte d'une exclusivité. Ces tenues font preuve d'un modernisme incroyable. Elles datent des années 20/30 mais on pourrait encore les porter aujourd'hui. La cape rouge est faite de plumes de cygne - sublime...
Les coutures sur le tailleur rouge sont assez originales.
Ces deux tenues témoignent de la mode durant la seconde guerre mondiale, une mode simple avec des matériaux  simples - rationnement oblige. La robe blanche a été réalisée dans une nappe. Les femmes faisaient preuve d'une grande inventivité en créant des tenues ravissantes avec ce qu'elles trouvaient dans leur quotidien.
Ces trois robes illustrent la mode des années 1950 et clôturent l'exposition, ce sont des créations de la maison Dior. On remarquera la taille très cintrée, la jupe en corolle et les motifs floraux très féminins.
Yves Saint-Laurent a réalisé cette robe noire alors qu'il travaillait encore à la Maison Dior. Les courses hippiques serviront d'écrin à la haute couture. Les couturiers enverront des mannequins défiler à l'hippodrome. 
Une partie de l'exposition est consacrée à des photographies et des coupures de magazines de mode. 

La mode aux courses est une exposition à voir, comptez deux bonnes heures pour prendre le temps de tout regarder et n'hésitez pas à faire une visite commentée, vous apprendrez plein de choses sur le lieu comme sur le thème ici présenté. Pour approfondir le sujet, concernant l'hippodrome de Longchamps, notamment, je vous conseille le dossier photographique de Paris en images. Vous prendrez alors toute la mesure des excentricités que s'autorisaient les femmes lors des courses, en particulier en terme de chapeaux.
1912, femmes élégantes à l'hippodrome de Longchamps, photographie de Maurice-Louis Branger. Cliquez ici pour découvrir l'origine de cette photographie et une riche collection de photographies sur le thème de la mode aux courses.
Les photographies de ce billet, à l'exception de la dernière et de l'affiche, ont été réalisées par moi-même. Je remercie d'ailleurs le Musée de permettre la prise de photographies (sans flash bien sûr) lors de la visite, c'est rarement le cas lors des expositions.
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