samedi 10 mai 2014

Les modes au temps de la Révolution Française

Je commencerais par une phrase de Daniel Roche qui résume pas mal la situation "La Révolution a prouvé que rien n'est futile dans la mode". Cette citation extraite du catalogue d'exposition Modes et Révolutions de 1989 est assez belle pour lancer le sujet mais plutôt réductrice par rapport au foisonnement d'idées développées par l'auteur dans son article. J'aime rappeler que la mode n'est pas synonyme de "parler chiffons" mais qu'elle se rapporte aussi à des choses très sérieuses : politique, idéologie, organisation sociale... Comme je suis une grande passionnée de la Révolution Française, je pouvais difficilement passer à côté d'un tel sujet. Je vous propose donc un petit voyage dans le temps, à l'époque de la terrible guillotine, des cocardes, des droits de l'Homme et des sans-culottes.
 "Ah ! s'il y voyoit !..." Gravure satirique anonyme de 1797 montrant un aveugle déchirant par mégarde la robe transparente d’une Merveilleuse qui expose ainsi ses fesses au public - WCommons
La Révolution a-t-elle été un tournant dans la mode et l’évolution du costume en France ? À première vue cela semble être le cas, il suffit de consulter l’iconographie sur une vingtaine d’années pour s’en apercevoir. 
A gauche, gravure de la Galerie des modes et des costumes français de 1780 ; à droite,  gravure de 1798 - source 1 et source 2 

A gauche, la gravure illustre le costume masculin en 1780 ; à droite, c'est une gravure de 1801 - source 1 et source 2 
D’après Daniel Roche, déjà cité auparavant, elle n’aurait fait qu’accélérer et confirmer des changements à l’état embryonnaire avant 1789. Toutefois, elle a aussi provoqué des nouveautés très singulières destinées à rompre avec l’Ancien Régime.

Le contexte - 

Cette période de la Révolution Française est plus difficile à cadrer chronologiquement qu’on ne le croit. Son commencement est assez clair, on dira sans hésiter 1789 (même si certains historiens la font commencer plus tôt) et on pensera à l’assemblée des Etats Généraux du mois de mai de la même année. 
La salle des Menus-Plaisirs à Versailles où s'ouvrent les Etats Généraux en mai 1789 dans le but de réduire le déficit du Royaume et sauver la France de la faillite financière - WCommons

Quant à la fin de la Révolution… On a tendance à l’arrêter en 1794 à la fin de la Terreur et la mort de Robespierre car on observe un  « ralentissement » dans les événements marquants, en gros : il se passe moins de choses. Mais c’est un peu tôt il me semble. Alors on prolonge souvent jusque 1799, c’est le choix que je ferai ici, ce qui permettra d'intégrer le Directoire dans cet exposé. Cette année 1799, donc 10 ans après les premiers faits révolutionnaires, intervient un nouveau personnage : Napoléon Bonaparte. Le Consulat débute mais il s'agit toujours d'une sous-période de la 1ère République. 
Le coup d'Etat du 18 brumaire peint par Bouchot en 1840. En 1799, Napoléon Bonaparte prend le pouvoir par la force, il met fin au Directoire, commence le Consulat - source : WCommons

En 1804, Napoléon Bonaparte devient Napoléon Ier, Empereur des Français. Alors pourquoi 1799 et non 1804 ? Parce que je ne souhaite pas traiter ici de la période du Consulat, cette dernière montre encore d’autres évolutions dans le costume qui pourront être abordées dans des posts à venir.

Au-delà de ces précisions chronologiques, je tiens à dire que je vais surtout m’intéresser au costume français et urbain. Le costume porté dans les campagnes ne sera pas abordé. En même temps, il se différencie peu du costume urbain, semble-t-il. En tous cas, sur la forme on retrouve les habits portés en ville, seulement, plus on est modeste, plus on porte des tissus grossiers. Les vêtements sont souvent assez abîmés puisqu’ils sont récupérés et aussi très utilisés, les familles de l’époque ayant peu de rechange.
L'amour paternel, gravure de Levasseur, XVIIIème siècle - Joconde
Par contre, j’ai tendance à privilégier fréquemment la mode féminine alors que là je souhaite vraiment respecter la parité pour ce thème.



Sur la Révolution Française en général - 


Elle commence donc en 1789 comme on a pu le voir. Quelles en sont les causes ? Ce sujet mériterait d’être approfondi mais ce n’est pas tout à fait le but de ce message. On peut retenir des causes plus profondes et lointaines : la remise en cause de la monarchie absolue (je rappelle qu’il s’agit d’un Roi qui gouverne et qui dispose des trois pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire, donc un Roi très puissant) et de l’organisation sociale par les philosophes des Lumières ; on peut aussi retenir deux influences : la Révolution anglaise, un siècle plus tôt, la Révolution américaine, une décennie auparavant ; on peut encore parler du contexte des années 1788 et 1789. 
Portrait de Louis XVI en costume de sacre en 1776 par Duplessis - Histoire par l'image
Le dîner des philosophes peint par Huber en 1772 ou 1773, Voltaire apparaît au centre du tableau - source
Le Royaume de France est en crise financière (les dépenses sont plus importantes que les recettes et cela creuse le déficit ainsi que l’endettement du pays) et en crise économique (des récoltes mauvaises liées à des aléas climatiques peu favorables, le prix du grain augmente, or c’est l’aliment de base). Le Roi Louis XVI décide donc de rassembler les Etats Généraux composés des trois ordres de la société française pour trouver une solution à la crise.
Monsieur des trois Etats, dans le sens des trois ordres de la société française pré-révolutionnaire. On reconnaît le costume du noble à droite, celui du clergé à gauche, la bêche évoquant les paysans, principaux membres du tiers état - Frda
Ce genre de caricature est très fréquent durant l'année 1789, elles dénoncent les inégalités inhérentes à l'organisation sociale. Ici, la version avec les femmes : la femme du clergé et celle de la noblesse s'appuient sur la femme du tiers état. Le but est de faire comprendre que le tiers état travaille et paye pour les autres, il soutient toute la société à bout de bras et en est épuisé - WCommons
La solution paraît assez claire : faire payer des impôts aux privilégiés, les nobles et les clercs. Mais la résistance de ces derniers va faire enrager le tiers état (bourgeois et petit peuple) et la situation va exploser.

La réunion des Etats Généraux et les emballements de la Révolution -

Cette réunion est intéressante à plus d’un titre mais concernant la mode, elle reflète bien les inégalités d’Ancien Régime. La différence de costumes entre les participants est moins liée à leur porte-monnaie qu’à leur place dans la société d’ordres.
Costumes de cérémonie des députés des trois ordres lors des Etats Généraux : à gauche le clergé, au centre, la noblesse et à droite, le tiers état qui se distingue par sa sobriété - Frda

Louis XVI a imposé aux députés le costume correspondant à leur ordre, c’est presque l’ultime manifestation de cet Ancien régime vestimentaire.
Les ecclésiastiques arborent des couleurs différentes selon leur fonction : pourpre pour les cardinaux, rouge pour les évêques, noir pour le bas-clergé. 
Les nobles ont des vêtements fastueux, un habit élégant, une cape brodée d’or.
Le tiers état quant à lui est tout de noir vêtu, manteau uni et chapeau sans ornement. On note l’opposition entre la simplicité du costume du tiers état et celui des nobles. En rien révélateur de la richesse puisque certains nobles avaient de graves problèmes financiers alors que des bourgeois du tiers état pouvaient les surpasser en terme de fortune.
Détail d'un éventail représentant le roi Louis XVI et les trois ordres dans leurs costumes très distinctifs - Frda
Cette division vestimentaire ne reflète pas tout à fait le vêtement de la vie de tous les jours, surtout parce que le tiers état ne s’habille pas ainsi de noir au quotidien ! Comme l’a montré Daniel Roche, le vêtement circule dans la société entre riches et pauvres, tout se récupère et rien ne se perd, ce qui brouille un peu plus les frontières entre les ordres.
Mirabeau s’insurge que l’on interdise aux roturiers (non nobles) le port de plumes au chapeau et de dentelles. La plupart des bourgeois présents aux Etats Généraux considèrent que l’habit noir est inférieur à leur condition sociale : ils ne s’habillent pas si sobrement dans la vraie vie !
Quant au costume royal, lors de l’ouverture des Etats Généraux, il est assez clinquant mais c’est une cérémonie officielle et la monarchie absolue explique cette grandiloquence.
Comme je le disais, cette réunion ne se passe absolument pas comme prévu. Au lieu de trouver une solution pour sauver le Royaume de la faillite, les débats sont bloqués, les privilégiés se crispent sur leurs acquis, ils refusent de céder. Le 20 juin 1789, le tiers état et quelques membres du clergé et de la noblesse décident de devenir une Assemblée Nationale, ils se considèrent comme représentants du peuple. 
Le serment du jeu de paume du 20 juin 1789, esquisse de Jacques-Louis David réalisée en 1791 - L'Histoire par l'image
Le régime politique bascule de la monarchie absolue vers la monarchie constitutionnelle, à l’anglaise si on veut. Le Roi est toujours là mais c’est la souveraineté nationale qui est reconnue, le peuple dirige donc le pays, la démocratie est prônée par les révolutionnaires. Bientôt, le peuple parisien entrera en révolte, ce sera la prise de la Bastille puis le peuple des campagnes durant l’été 1789.
"Cette fois-ci la justice est du côté du plus fort" dit cette estampe de 1789, le peuple (accompagné par une femme) fait pencher la balance de son côté, au détriment du noble et du clerc. L'heure de la revanche a sonné - Frda
La société d’ordres va disparaître au profit de l’égalité politique. D’autres droits sont reconnus par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. 

Allégorie de l'égalité tenant la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, estampe de 1793 - Frda
Maintenant que ce contexte est bien en place, intéressons-nous aux changements d’ordre vestimentaire.


Des modifications plutôt que des transformations complètes du vêtement. L’évolution de l’habillement s’est poursuivie dans la continuité de ce qui avait été lancé avant 1789. On ne parle donc pas d’une « révolution du costume » entre 1789 et 1815, d’après François Boucher dans son Histoire du Costume en Occident.
Quand la mode de 1793 rencontre la mode de 1778, "Quelle Antiquité !" disent les uns, "Quelle folie que cette nouveauté !" répondent les autres - WCommons


Le costume masculin, généralités - 

Les composantes de ce costume sont en quelques sortes déjà en place au début du XVIIIème siècle. L’homme s’habille d’un habit étroit à basques longues ou d’un frac plus tardivement, à la coupe plus dégagée sur le devant. Les deux sont coupés au niveau de l’estomac. Pour le bas, les hommes portent la culotte collante, sans bretelles. Au-dessus de la culotte, il y a le gilet, la partie avant est souvent la plus décorée car la plus visible. Les autres parties sont cachées par l’habit. 
A gauche, un frac en taffetas de soie datant de 1785, conservé à Galliera ; au centre, un gilet de taffetas de soie brodé, on reconnaît en bas les bustes de Rousseau et de Voltaire, il date de 1790 et est conservé à Galliera ; à droite, une culotte à pont en peau de daim datant du dernier quart du XVIIIème siècle, conservé au Musée Arlaten - Base Joconde
Sur l’habit, on porte la redingote, étroite et longue. Ce qui varie, c’est le luxe de ces pièces au niveau des broderies et de la qualité des tissus. Sinon des détails différencient les époques mais dans les grandes lignes, ce costume bouge peu.
La comparaison entre un costume de 1760 (à gauche) et un autre de 1790-1795 (à droite) nous montre que les trois pièces principales sont toujours présentes, leur forme varie peu, en revanche, les textiles sont différents, la tendance à la simplification est évidente - LACMA 
Durant la Révolution les teintes de ce costume s’assombrissent mais on remarque aussi le port de couleurs vives : habit violet, culotte et gilet orange, par exemple. 
Costume masculin vers 1790 - LACMA
Bel exemple de costume qui ne lésine pas sur les couleurs vives, les bas violets nous feraient presque mal aux yeux. L'origine est incertaine, ou française ou anglaise, le tout datant de la dernière décennie du XVIIIème siècle - LACMA
Concernant les chapeaux, le tricorne s’efface peu à peu pour des chapeaux à calotte haute.
Portrait de Monsieur Seriziat en 1795 par Jacques-Louis David - source
Sous le Directoire, de 1795 à 1799, le costume masculin s’allège.
Costume masculin, l'homme porte les cheveux courts (la coiffure à la Titus/Brutus), un gilet brodé, un pantalon collant et des bottes - source
La mode masculine sous le Directoire, ici en 1798 - source
La redingote possède de grands revers, la cravate se porte haute, le gilet est échancré et lui aussi à revers et le pantalon tend à se diffuser mais il est collant contrairement au pantalon large des sans-culottes. Les perruques ne se portent quasiment plus, les cheveux sont portés courts « à la Brutus » ou longs « en oreilles de chien ». 
Un Incroyable qui porte la coiffure en "oreilles de chien" - source

Le port des bottes est quasi systématique pour les classes un minimum aisées. 
Une paire de bottes dont l'origine est française, elles datent de la dernière décennie du XVIIIème siècle - LACMA

Trois révolutionnaires, trois styles vestimentaires - 

Portrait de Robespierre d'après Adélaïde Labille-Guiard en 1791 - source
Robespierre apparaît comme très soucieux de sa mise, on le dit toujours « tiré à quatre épingles », en perruque poudrée, en cravate et linge blanc, il veut se montrer très distingué lorsqu’il est à l’Assemblée, plus tard, à la Convention. Il reste fidèle au costume classique comme nombre de ses collègues. Le 8 juin 1794, lors de la Fête de l’Etre-Suprême, il porte un habit bleu barbeau sur une culotte de nankin, une large ceinture de soie aux couleurs de la nation, un chapeau orné d’un panache tricolore. La base est classique mais on voit que par ces petits détails, Robespierre rattache son costume à la Révolution, notamment par la symbolique des couleurs.
Jean-Paul Marat, gravure de Viollat - source
Marat s’oppose aux manières élégantes de Robespierre. Plutôt débraillé, le fondateur de « l’Ami du peuple » affecte lui un costume très populaire. Il reçoit en chemise sale, dépoitraillé, madras rouge sur la tête, les cheveux gras, sans bas. Il porte le bonnet rouge à la Convention. Cette attitude est provocatrice à l’égard de ses collègues bourgeois, mais elle plaît profondément au peuple parisien. 
Portrait de Danton, artiste anonyme et date incertaine - source : Carnavalet
Quant à Danton, il recherche l’élégance, il est épris de beaux vêtements. Il se donne des airs de nouveaux riches avec des habits colorés, des tissus précieux et des dentelles. Tout cela est habilement concilié avec quelques détails qui font plus débraillé et donc populaire. C’est une sorte de juste milieu entre Marat et Robespierre.

Le costume féminin, généralités -

Trois types de robes connaissent le succès en France au XVIIIème siècle : à gauche, une robe à la française de 1760, elle exige le port de paniers qui sont loin d'être confortables ; au centre, une robe à la polonaise de 1775, elle remonte au niveau des chevilles ; à droite, une robe à l'anglaise de 1789 environ, bien plus en vogue au temps de la Révolution du fait de sa simplicité et de l'anglomanie - source : LACMA et KCI
Le costume des femmes a tendance à se masculiniser, notamment avec le port de la redingote qui se diffuse et par l’emploi de couleurs plus sombres par rapport à la période pré-révolutionnaire. 
Mlle Sophie en redingote, promène son petit chien, estampe de 1788 - Frda

Redingote pour femme, vers 1790 - LACMA
Le caraco, veste à basques longues tombant sur les hanches, remporte un succès durable durant la Révolution. Celui-ci est conservé à Galliera et date de 1790-1795 - Base Joconde
Un costume qui évoque aussi celui des militaires. L’usage des poudres, des perruques, des paniers et des talons tend à disparaître. Cela ne se passe pas dès le début de la Révolution mais sous la période du Directoire, donc après 1794. L’allure devient plus négligée, la silhouette est plus simple.
Élégante à sa toilette peinte par Michel Garnier en 1796 - WCommons
C’est la mode du fichu de gaze, une pièce dans les tons clairs qui protègent la gorge et prend parfois une ampleur démesurée. De même pour le bonnet qui est souvent d’une hauteur excessive.
Estampe représentant 8 coiffures, sans doute vers 1785. Les bonnets et coiffures restent imposants au début mais le tout se simplifie à mesure que les années passent et qu'approche la fin du siècle - Frda
Cape à gauche faite d'indienne fabriquée en Alsace. A droite, une robe à l'anglaise, elle aussi en indienne, du coton imprimé de motifs floraux, en haut, la gorge est couverte d'un fichu. Le tout date de 1790-1795 - KCI
Le fichu peut aussi être croisé sur la poitrine comme pour cette robe à l'anglaise de 1790 environ - LACMA
Les élégantes s’habillent d’une robe longue de linon ou de mousseline, froncée, largement décolletée avec un châle ou un spencer (nouveauté de 1798). La taille est marquée sous les bras par un ruban dans certains cas servant de ceinture.
Robe de mousseline en 1800 et châle - LACMA
Vers 1794 et 1795, les femmes portent des perruques « à la grecque » de toutes les couleurs et se coiffent de casques à calotte bombée souvent garnis d’une plume.
Les cheveux se portent courts pour les femmes, c'est la coiffure à la Titus, à la mode lors du Directoire - WCommons
À la fin du Directoire, elles porteront plutôt des bonnets, des capotes ou des turbans de couleur claire.
Deux femmes en Angleterre en 1801 - source
Les chapeaux connaissent une variété et une inventivité impressionnantes.
Femme portant un excentrique chapeau en 1795 - WCommons
À la main, on porte la balantine ou le réticule, appelé par moquerie « ridicule ».

Réticule de 1794 représentant un garçon d'un côté, une fille de l'autre, parmi un décor floral, conservé à Galliera - Base Joconde

Le costume, une expression politique - 

Les sujets sont devenus citoyens. Français et Françaises décident de rompre avec le passé par quelques innovations. Le vêtement, loin d’être une futilité, devient un moyen d’affirmer son point de vue politique. 
Couple de Français à la Fête de la Fédération en 1790, le port des couleurs bleu, blanc et rouge marque leur patriotisme. La femme porte un large bonnet et un fichu, deux caractéristiques de la mode de cette époque - source

Le refus du luxe s’apparente au refus de la monarchie absolue et bientôt de la monarchie tout court. Avec le départ des nobles en exil et la fin de leurs privilèges, le luxe perd aussi de son poids dans l’industrie du vêtement. Rose Bertin, la couturière de la reine, Marie-Antoinette, tombe dans l’oubli et le rejet car elle symbolise trop ce faste d’Ancien Régime. Cependant, la couturière fournira toujours des tenues à la reine jusqu’au transfert de Marie-Antoinette à la Conciergerie. Des tenues bien plus modestes que celles d’avant 1789.
Portrait de Rose Bertin - Château de Versailles

Ce refus du luxe va de paire avec la simplification du vêtement. L’influence de la mode anglaise avait déjà préparé le terrain, la réunion des Etats Généraux de 1789 a montré un tiers état sobre. Choisir la sobriété dans son habillement devient donc un acte révolutionnaire, au contraire des nobles exilés qui gardent les costumes d’Ancien Régime dans les cours étrangères. Le ministre Roland qui se rend au Cabinet du Roi en 1792 porte des souliers sans boucle (inimaginable, trois ans plus tôt !), des cheveux non poudrés et un habit usé. Cette apparence est vue comme une rupture, un acte révolutionnaire, une volonté de se rapprocher du peuple pour mieux dénoncer les fastes de l’Ancien Régime accusés d’avoir mené la France à la crise financière. Cependant, tout est toujours plus complexe en réalité. Cette simplification du costume a déjà fait son apparition avant la Révolution et peut-être même à l’endroit le plus inattendu : Versailles.
Portrait de Marie-Antoinette en robe chemise, par Vigée-Lebrun en 1789 - source
La reine Marie-Antoinette avait fait scandale en se faisant portraiturer en  « robe chemise ». Surnommée parfois « robe à la reine », il s’agit d’une longue tunique de mousseline blanche, ceinturée à la taille par un large drapé de soie et dont les manches sont bouillonnées par un ou deux bracelets en ruban. Cette robe annonce la vague de la mousseline et l’anticomanie du Directoire et de l’Empire, même si elle se porte sur un  corsage de toile souple bien toutefois plus confortable que le corps à baleines.

Plus la Révolution avance, plus il devient nécessaire de se montrer patriote et favorable aux idées révolutionnaires et par la suite aux idées des Montagnards et du Comité de Salut Public. La Terreur, de 1793 à 1794, envoie facilement à la guillotine ceux qui se montreraient un peu trop frileux à l’égard de la République.
Pour cela, il est de bon ton de porter la cocarde, ainsi que les couleurs nationales : bleu, blanc, rouge. 
Mule de femme ornée d'une cocarde tricolore, le summum du patriotisme, 1789 - Base Joconde

Les vêtements portent des noms évocateurs de faits révolutionnaires, de lieux ou de personnages. La redingote est dite « nationale », le bonnet « à la Bastille » et la robe « à la Camille française ».
Bicorne à la cocarde tricolore - LACMA

Les couleurs ont une symbolique : les contre-révolutionnaires portent le blanc, couleur de la monarchie, le noir, pour signifier le deuil à la fin de la monarchie et après l’exécution du roi, ou encore le vert, la couleur du Comte d’Artois, le frère de Louis XVI. Mais ces couleurs ne sont pas pour autant rejetées par les révolutionnaires. Le bleu désigne les républicains, le blanc les monarchistes, et on les appellera ainsi lorsqu’ils s’affronteront en Vendée entre autres.
Club patriotique de femmes, gouache de Lesueur de 1791 - WCommons

On voit émerger des bijoux patriotiques à partir de la prise de la Bastille et cela jusqu’à la Terreur. On fabrique des bagues commémoratives après l’assassinat de Marat. Après 1790, la mode est aux alliances civiques et nationales : les premières assez larges s’ouvrent et laissent voir à l’intérieur des inscriptions en émail telles que « Dieu, la nation et la loi », « Liberté, fraternité, égalité », « Vivre libre ou mourir », « La liberté ou la mort »… Les bijoux sont ensuite concurrencés par des médailles, médaillons semblables à des décorations. Sous la Terreur, on porte des boucles d’oreille « à la guillotine » et certaines femmes ornent leur cou d’un ruban rouge « à la victime » rappelant l’utilisation de la guillotine. Les camées connaissent un plus grand succès vers le Directoire sous l’influence du néoclassicisme. 
Bague hommage à Marat et Le Peletier, qualifiés de martyrs de la Révolution, en 1793 - Frda

Les éventails illustrent les événements révolutionnaires. La presque totalité des feuilles de ces éventails sont en papier, gravées le plus souvent à l’eau-forte. Les montures sont en os ou en bois. Des éventails ont un objectif commémoratif, d’autres, patriotiques. Il existe des éventails révolutionnaires mais aussi contre-révolutionnaires. En général, ils rapportent un fait historique en le transformant en allégorie. Les Etats Généraux font partie des événements surreprésentés. 
Éventail représentant la Prise de la Bastille - Frda

Créer un costume typiquement révolutionnaire - 

C’est une tentative datant de 1793 mais qui ne connut pas le succès escompté. Les peintres Lesueur, Sergent, David participèrent à ce projet. Il ne s’agissait pas d’imposer un costume par la force mais plutôt de conseiller son adoption par l’ensemble de la société et par la même occasion, de concurrencer le costume des sans-culottes qui n’était guère approuvé par la Convention. Le peintre Jacques-Louis David fut invité par le Comité de Salut Public a présenté ses projets en 1794. Ce costume ne fut porté que par quelques élèves du peintre. Il ne concernait que les hommes, les femmes n’étant pas concernées par ces projets.
Projet de costume civique, habit de citoyen français par Jacques-Louis David - L'Histoire par l'image
Le costume imaginé par David se composait d’une tunique, d’un pantalon collant, de bottines, d’un bonnet rond à aigrette, d’une large ceinture et d’un manteau flottant sur les épaules.
Au final, divers costumes administratifs sont imaginés par ces artistes et ils auront davantage de succès.

On a tous entendu parler des sans-culottes -

C’est un vêtement populaire qui se diffuse dans la société française dès 1792 : le pantalon. Le sans-culotte, ne porte pas la culotte, mais un pantalon large, des bretelles, et une veste courte appelée la « carmagnole », un bonnet rouge et des sabots.
Des sans-culottes face à un homme qui porte la culotte - source
Cet habit très populaire a coexisté avec la culotte et l’habit plus traditionnel décrit plus haut pour les hommes. Les bourgeois de l’Assemblée Nationale et de la Convention gardent un attachement fort pour ce dernier. Le pantalon reste durant un moment le vêtement des ouvriers, même si on voit apparaître une sorte de compromis avec la culotte à l’anglaise, une culotte qui tombe bien en-dessous des genoux.
Exemple de vêtements portés par le peuple, dont le pantalon et les sabots pour l'homme - KCI

L’influence anglaise - 

L’Angleterre s’affirme comme la 1ère puissance mondiale au détriment de la France durant cette période grâce à la Révolution Industrielle qui s’est bien installée de l’autre côté de la Manche. Son commerce est florissant et lui permet de diffuser la mode en vogue dans le pays. La France n’est pas épargnée. L’influence anglaise sur le costume français ne date pas à proprement parler de la Révolution Française, c’est plus ancien, depuis la seconde partie du XVIIIème siècle. La mode anglaise est une mode plus simple, sans fioritures. Alors que la mode française est plus clinquante et se porte pour les cérémonies et les grandes occasions. L’Angleterre en plus d’être un modèle politique, sa monarchie parlementaire inspire beaucoup les révolutionnaires, s’avère un modèle en matière de mode.

Après la Terreur, un certain retour de la frivolité - 

Les journaux de mode réapparaissent. Des phénomènes originaux et extravagants s’affirment.
Les Muscadins sont de jeunes hommes qui veulent montrer leur opposition au régime révolutionnaire par leurs habits. Ils portent un habit à pans carrés, des escarpins, leurs cheveux pendent sur les côtés, et sont retroussés derrière avec un peigne, ainsi qu’une canne. 
Quand un Incroyable rencontre une Merveilleuse, peinture de Boilly intitulée Point de Convention, en 1797 - WCommons

Une minorité de jeunes hommes nommés les Incroyables frappent les mémoires mais ils restent isolés. Le costume masculin demeure sobre malgré tout. Les Incroyables affectent de porter des vêtements qui leur vont mal et qui ne sont que la caricature de ceux qu’arborent les représentants de la bonne société : habit dégagé à larges revers, culotte à pont ou pantalon collant enfilé dans les bottes, cravate montante qui enveloppe le cou en laissant dépasser les deux pointes du col de la chemise. Leur costume frise la caricature et le grotesque, ces jeunes s’évertuent à paraître myopes ou infirmes.
Les Merveilleuses se vêtent de transparentes mousselines qui ne cachent rien de leur silhouette. Ce sont des excentriques mais féminines cette fois-ci. Elles poussent juste plus loin la mode de leur temps en exagérant les nouveautés.
Caricature de 1799 des Merveilleuses, ces femmes réveillent bien des fantasmes avec leur robe transparente - Wikipédia

Ces trois groupes restent très marginaux au regard de la société cependant, ils attirent l’attention et les caricatures et marquent les esprits bien qu’ils soient en minorité.

Le costume de cour - 

Portrait de Joséphine en costume de sacre par François Gérard - source
Le Roi a quitté le château de Versailles dès 1789, il est exécuté en 1793, la monarchie devient une république, la vie de cour a disparu et par conséquent le costume de cour avec. Il faudra attendre l’Empire pour que Napoléon Ier rétablisse le costume de cour. Evidemment, seule la France est concernée, les monarchies se maintenant dans les autres pays d’Europe. Le costume de cour de l’Empire s’inspirera très fortement de celui d’Ancien Régime. C’est à l’image de Napoléon Ier, dit à la fois fossoyeur et hériter de la Révolution Française.

La folie antique - 

Coiffure et tenue à l'antique - source
L’Antiquité s’affirme comme une influence essentielle surtout dans le costume féminin. Cette mode est typiquement française et elle s’accorde tout à fait avec la liberté des mœurs. En effet, le corps n’est plus caché, les formes sont visibles car les tissus sont fluides, transparents, le corps baleiné n’est plus, de même pour les paniers qui ont disparus. Les Françaises peuvent profiter des joies de la danse, leur corps étant plus libre de ses mouvements. L’anticomanie se manifeste aussi dans les coiffures « à la Titus » ou encore « à la Caracalla ». Ce processus donne jour à ce que l’on nomme le néoclassicisme entre 1795 et 1800, grosso modo. Cette mode s’inspire de l’Antiquité gréco-romaine et se place en rupture avec le style rococo et les vêtements volumineux et sophistiqués de l’Ancien Régime. L’Antiquité est la période qui voit naître la démocratie à Athènes, la fascination pour la République romaine vient s’ajouter à cette référence et le tout nous éclaire mieux sur la fascination des nouvelles classes dirigeantes pour l’antique.

La mode française s’est-elle diffusée en Europe ?

On pourrait dire oui et non. Oui car elle s’était déjà diffusée avant la Révolution Française, l’habit à la française, la robe à la française constituaient la garde-robe des cours européennes. La France est en guerre dès 1792 avec ses voisins. Si au départ la situation militaire lui est défavorable, ce ne sera plus le cas par la suite, surtout lorsque Napoléon Bonaparte se lancera à la conquête d’une partie du continent. Les territoires occupés par les Français auront donc deux attitudes contradictoires : à la fois, les peuples européens refuseront les modes françaises par nationalisme et d’autre part, ces modes à mesure qu’elles s’inspireront de l’Antiquité, vont devenir attractives. Donc l’attitude est ambivalente mais au final cela ne concerne qu’une élite urbaine. La population rurale ne voyant pas son costume évoluer de manière très significative sur la période.
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2 commentaires :

  1. hey cherche femme sous-vêtements et sous-vêtements homme. nous fournissons les garmets sous de vêtement homme et la femme. vous pouvez obtenir un chiffon en ligne et jeans.

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  2. J'adore connaitre les anecdotes de l'époque ! Comment étaient les coiffure homme bordeaux à cette période de l'histoire ??

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